Lettre ouverte 1du Conseil dés Femmes du Sud: COFESUD, asblAux Parlementaires des Pays occidentauxConcerne: La Réconciliation des Rwandais par la Vérité et la JusticeCOFESUD, asbl 8 mars 2004 |
«COFESUD, asbl, est un réseau d'Associations de femmes africaines subsahariennes, engagées dans les actions en faveur du développement et e la participation sociale, culturelle, économique et politique des femmes africaines ». Lettre ouverte aux Parlementaires des pays occidentaux Concerne : La Réconciliation des Rwandais par la Vérité et la Justice Introduction En 1994, d'avril à juillet, de nombreux Tutsi ont été tués. Ce crime odieux doit être condamné et leurs auteurs punis d'une manière exemplaire. La cause de cette tragédie est due notamment à l'impuissance de l'ONU qui n'a pas pu faire triompher le droit dans la région des Grands Lacs, au Burundi, au Rwanda et en République Démocratique du Congo (RDC), situation qui installe dans cette région, un cercle vicieux de violences et vengeances récurrentes. La guerre d'invasion du Rwanda en 1990 par le FPR (Front Patriotique Rwanda, Tutsi réfugiés principalement en Ouganda), a causé de millions de morts et de réfugiés et a déstabilisé complètement la Région des Grands Lacs. Initiée par des réfugiés Tutsi sous la protection du HCR et paradoxalement intégrés dans l'armée ougandaise, cette guerre barbare a été occultée par les puissances occidentales et l'ONU qui étaient capables de l'arrêter. Le Conseil des Femmes du Sud estime que les femmes qui donnent et protègent la vie doivent lutter ensemble avec dévouement et abnégation sans limites pour la survie des familles. A ce titre, elles sont particulièrement attachées à la paix mieux que quiconque. Elles sont contre les guerres quelles que soient leurs justifications dans la mesure ou d'autres pressions (embargos) peuvent dissuader les dictateurs et épargner la vie des populations civiles. Conscientes du fait que la paix est à la base de la prospérité et du développement durable, et que le devenir de l'Afrique dont les acteurs futurs sont des adolescents d'aujourd'hui ainsi que leurs enfants, les femmes membres de COFESUD interpellent les Responsables politiques à propos de l'horizon sombre d'une Afrique qui se dessine. Une Afrique dont l' histoire sera basée sur les mensonges, l'occultation des crimes (massacres viols, tortures, pillages... ), les exclusions ethniques, tous les maux dont les détenteurs actuels du pouvoir réitèrent dans l'impunité totale et sans pitié pour les populations civiles. Pour que l'Afrique de demain ne soit pas gérée par des anciens bourreaux, c'est maintenant qu'il faut prendre des mesures et proposer des solutions efficaces et appropriées pour donner une chance à la Justice équitable, à la paix et au développement intégral et durable en Afrique. A propos du Rwanda, les femmes de COFESUD interpellent tous les Responsables politiques, les acteurs des ONG locales et internationales pour soutenir en priorité les projets en faveur de la Justice équitable et du respect de chaque être humain, acteur principal et bénéficiaire du développement. 1. La Commémoration du 10 ème anniversaire du o génocide au Rwanda. Les membres du COFESUD condamnent avec la plus grande fermeté les crimes barbares commis au Rwanda en 1994 contre les Tutsi et Hutu opposants politiques par les extrémistes hutu. La Commémoration de ces tragiques événements ne doit pas faire oublier d'autres crimes contre l'humanité commis dans la région par des extrémistes Tutsis du FPR Les femmes du COFESUD, asbl, ont salué l'instauration du TIP pour le Rwanda, car il faut que la Justice soit faite. Pour briser l'impunité dont ont souffert les populations civiles du continent africain, il faut étendre les enquêtes sur des crimes de guerre et contre l'humanité commis au Rwanda et dans les pays voisins. Plus concrètement, il faudrait aussi un tribunal international pour le Congo. La Communauté internationale peut-elle oublier les massacres commis au Rwanda depuis 1990, en RDC depuis 1966 dont différents rapports camouflés font état ? Si tel est le cas, elle donne raison au journaliste du Jeune Afrique dans le N° 1740 du 12 mai 1994 qui écrivait : «Le QG du FPR se trouvait à Bruxelles au moment de l'invasion d'octobre 1990. Et les médias belges, ainsi que quelques officiels, n'ont pas caché leur sympathie au FPR ». La référence aux rapports sur l'évolution de la situation dans la Région des Grands Lacs confirme cette constatation : que le FPR serait Responsable de l'attentat contre le Président rwandais J. HABYALIMANA, acte terroriste qui a déclenché les massacres, que plus de 3 500 000 Hutu au Rwanda, 220 000 réfugiés Hutu au Congo, et 4 700 000 congolais ont été sacrifiés aux intérêts géopolitiques et économiques sans aucun état d'âme de la Communauté internationale dont le devoir était de les défendre et les protéger. En particulier l'attitude du HCR est inexcusable, car il a assisté aux massacres de réfugiés Hutu dans l'ex-Zaïre sans broncher... . Ce silence complice des Institutions internationales est significatif, il est à la base d'une justice de deux poids et deux mesures dans cette région. 2. L'invasion du Rwanda en 1990 et celte du Congo en 1996 et en 1998. Le FPR dans sa progression vers la conquête du pouvoir a déplacé plus 1 000 000 de personnes civiles entre 1990 et 1993 qui fuyaient les massacres commis par les extrémistes du FPR. En 1993 et durant le premier trimestre 1994, le FPR a massacré des populations civiles non armées et sans défense dans la zone tampon de Kirambo en Préfecture de Ruhengeri.. La Mission Internationale des Nations Unies pour le Rwanda (MINUAR) a institué une Commission d'enquête sur ces tueries. Elle a apporté des preuves accablantes contre le FPR, mais le rapport d'enquête ne fut pas rendu public par le NINUAR sous prétexte de « ne pas indisposer le FPR ». En avril 1995, à propos des massacres de 8 000 réfugiés Hutu non armés à Kibeho, une Commission internationale d'enquête avait été mise sur pied, ses conclusions avaient recommandé au FPR d'identifier les coupables et de les punir. Le Colonel Fred IBINGIRA qui avait dirigé ces carnages et d'autres massacres des populations civiles depuis le Nord-est du pays jusqu'à Cyangugu en passant par Kibungo Kigali, Gitarama et Butare n'a fait que monter en grade. En 1996, on le retrouve dans la coordination du bombardement des camps des réfugiés Hutu au Zaïre (RDC) comme commandant du front nord Kivu, avec le Major GLJMILIZA et le Major KARERA. D'autres acteurs dans la tragédie des réfugiés sont cités : le Colonnel KABAREBE, Commandant en chef des opérations militaires de l'ex-Zaïre, le Colonel MUROKORE, commandant du front sud du Kivu, le Colonnel NZARAMBA a dirigé l'attaque des ressortissants de Masisi et de Rutshuru. Cette situation aurait dû alerter les Responsables politiques occidentaux et l'ONU sur les conséquences meurtrières d'une guerre encadrée par le FPR En 1997 - 1998, on retrouve au Rwanda ce Colonel IBINGIRA devenu Général major en 2002, dans le massacre des réfugiés et des militaires rentrés des camps de l'ex-Zaïre. Ce criminel n'a jamais été inquiété et n'est même pas visé par les enquêtes du TPIR sur les crimes de guerre commis à l'encontre des populations civiles au Rwanda et au Congo. Ces crimes sont connus par la Communauté Internationale qui garde un silence complice. Est-ce vraiment dans l'intérêt de réconcilier des Rwandais après le « génocide » ? Le mot Justice ici prend d'autres couleurs, mais pas celles de faire respecter les droits humains. 3. Conséquences des invasions : Déplacements massifs et massacres des réfugiés Hutu au Congo : L'organisation Physicians for Human Rights affirme dans son rapport du 16 juillet 1997 que «dans la zone de Massisi des villageois ont été attaqués sur le seul fait de leur appartenance ethnique Hutu (« villagers were attached merely because of thei Hutu ethnicity »). Ce constat est confirmé par les massacres de Hutus congolais des zones Rutshuru et Masisi dans de nombreuses localités (Karuba, Ngungu, Kagungu, Muheto, Miyanja, Mweso, Kirumbi, Nyambura, Bukombo, Tongo, Rugari, Gisigari, Bwisha... ). Ces Hutu congolais n'avaient rien avoir avec le « génocide rwandais ». Ce n'est pas être révisionniste que de demander que la Justice soit faite. Le refus de sanctionner les auteurs de ces crimes contre des Hutu, et des Congolais, consacre l'impunité des criminels Tutsi et met en danger la Justice équitable et le respect des droits humains dans la région des Grands Lacs. D'autres rapports n'ont pas eu non plus des suites appropriées : - en 1997, le Rapporteur spécial des droits de l'homme pour le Zaïre, le Chilien Roberto GARRETON a visité la zone des rebelles du 25 au 29 mars. Dans le rapport qu'il a remis à la Commission ad hoc à Géneve, il affirme qu'il a vu personnellement des cas de massacres et trois sites de fosses communes. Cette mission estime « que les massacres de réfugiés Hutu commis de septembre 1996 au printemps 1997, peuvent être qualifiés de 'crimes contre l'humanité' » - Le 25 avril 1997, après les massacres de Kassaï et Biaro, le Secrétaire Général de l'ONU Koffi ANNAN, après plusieurs interpellations des ONG, parlera « d'extermination des réfugiés ». - A une autre occasion Monsieur Boutros Boutros Ghali avait parlé de génocide par inanition « génocide by starvation « . - En 1997, lors de ses visites dans l'est du Zaïre, Le Commissaire européen pour l'action humanitaire, Emma BONINO, accusa les rebelles « d'avoir transformé l'Est du Zaïre en abattoir « . Les images de ce cauchemar hanteront toujours la mémoire des rescapés Hutu. Le film du photographe Hubert SAUPER qui évoque ces horreurs et le calvaire des réfugiés Hutu dans la forêt de l'ex-Zaïre montre la cruauté des auteurs de ces crimes contre l'humanité. Ces massacres visaient systématiquement et d'une manière continue les populations civiles Hutu et les médias n'en parlaient qu'à mots couverts, globalisant et culpabilisant (génocidaires, Interahamwe, des Ex-FAR). Rétrospectivement, nous pouvons affirmer que les Hutu ont été aussi tués pour leur ethnie au Rwanda comme au Zaïre, pourquoi ne parle-t-on pas de « génocide des Hutu » et pourquoi eux n'ont-ils pas droit à la justice ? Dans sa résolution 935 le 1'juillet 1995, le Conseil de Sécurité a chargé une commission d'experts au Rwanda d'instruire sur les « actes de génocide commis en 1994 ». C'est la résolution 955 qui institue le statut du (TPIR) Tribunal Pénal International pour Rwanda (art 232) et qui reprend les termes de la convention internationale de 1948 (art 2). Cette résolution parle uniquement « d'actes de génocide et de crimes contre l'humanité ». Ces textes adoptés et reconnus ne font référence ni à la notion de « génocide des Tutsi » ou de «génocide politique ». Le Conseil de Sécurité a créé le Tribunal International (TPIR) le 8 novembre 1994 avec mandat de «juger les principaux responsables du génocide, coupables d'actes commis entre le l 'janvier et le 31 décembre 1994 ou des personnes accusées des crimes contre l'humanité pendant la même période, aussi bien au Rwanda que dans les pays voisins». Il s'agit d'actes commis « dans l'intention, de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel ». Pour beaucoup de spécialistes qui se sont penchés sur la genèse du drame rwandais, les avis sont partagés, car après l'assassinat des Présidents HABYARIMANA et Cyprien NTARYAMIIZA dont l'auteur présumé est le FPR, les massacres qui ont suivi ont visé des Tutsi et les Hutu opposants politiques. Pour certains, comme Jean Pierre CHRETIEN, Asrti SURKE, quelques politiciens occidentaux, il s'agit d'un « génocide ethnique ». Mais pour d'autres comme le Professeur PRUNIER et le Professeur REYNTJENS et d'autres politiciens occidentaux, il s'agit d'un « génocide politique « . Pour beaucoup de témoins oculaires, il s'agit des massacres interethniques à grande échelle. Jeune Afrique N° 1740 du 18 mai 1994 est plus explicite: «Le MRND et le FPR ont dressé l'un et l'autre une liste des gens à abattre. C est ce qu'ont confirmé les massacres en cours. Les victimes des Interahamwe-Impuzamugambi et de la garde présidentielle sont tous des Tutsi et des Hutu originaires du sud. La liste des victimes du FPR comporte uniquement des Hutus « . Pourquoi lors des cérémonies commémoratives, le Régime FPR ne parle que de victimes tutsi ? Les Hutu morts par ce qu'ils étaient alliés au FPR n'ont-ils pas droit à la Justice ? Le Conseil de Sécurité peut-il continuer à parler du « génocide des Tutsi » en gommant les autres victimes? Qui a manipulé les Instances internationales de la Justice et le TIPR ? Dans ce contexte d'avis divergents, le TIPR qui veut réconcilier les Rwandais, devrait respecter l'esprit de la résolution du Conseil de Sécurité qui lui donne une mission d'instruire et de juger les crimes commis en 1994, quelle que soit l'appartenance au groupe national de leur auteur ou de leur victime. Les Femmes de COFESUD se demandent pourquoi au Rwanda, le génocide est limité dans le temps et l'espace. Que protège cette limitation spécifique au Rwanda, alors que le crime de génocide est imprescriptible ? Dans la mesure où des massacres ont les mêmes caractéristiques « viser l'appartenance à un groupe et montrer une détermination à éliminer systématiquement ce groupe » jusqu'à planifier les procédés empêchant les enquêteurs d'aller sur les lieux (incinérer des corps pour effacer les traces, plantations sur les fosses communes pour camoufler des lieux). Les rescapés de Kibeho, Tingi-Tingi, Grottes de Kanama et des autres Communes du Nord-Est parlent et la Vérité finira par triompher. Seule la Justice équitable contribuera à réconcilier les rwandais et à ramener la paix dans la région des Grands Lacs 4. Le pillage économique en RDC et les massacres des congolais Le grand commerce et l'industrie dans l'Est de la RDC ont été accaparés par des Seigneurs de guerre et leurs sponsors. Le 14 novembre 2000 la Société civile du Kivu déclarait ceci « Les Rwandais, pour renforcer leur présence au Kivu ont procédé dernièrement aux déplacements de toute les populations Tutsi à peu près 20 000 personnes résidentes dans la zone d'Uvira au grand mépris des populations congolaises qui se voient confisqués leur terre et leurs champs sont ravagés par les troupeaux de vache de nouveaux venus ». Il s'agit ici d'une volonté de re coloniser des zones par une seule ethnie. Cette pratique a été constatée dans différentes régions au Rwanda surtout dans le Nord-Est du pays où sont installés les Tutsi venus de l'Ouganda. Les campagnes militaires sous le contrôle des milices soutenues par le Rwanda et l'Ouganda ont provoqué, des violations massives des droits humains (massacres, viols des femmes, enlèvements, disparitions... ) et ont déstabilisé le RDC. Selon Amnesty International, 3 500 000 congolais ont été tués pendant 4 ans, soit 2 000 à 3 000 par jour dans l'Est de la RDC. Et le Rapport du 22 octobre 2003 de Monsieur Robin COOK, ex-Ministre des Affaires étrangères de l'Angleterre parle de 4 700 000 congolais tués (Journal Indépendant, quotidien de Londres). Ces chiffres se passent des commentaires quant à l'horreur de la situation. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Pour briser le cercle infernal des tragédies dans la région des Grands Lacs, il faut rendre justice aux victimes congolais en punissant comme il se doit, les auteurs de ces crimes. Des ONG, la Société civile du Kivu ainsi que des rapports de l'ONU ont publié des statistiques accablantes des populations civiles congolaises, victimes de ces violences. Mais la Communauté internationale continue à faire la sourde oreille. L'exportation de la guerre rwandaise dans l'ex-Zaïre a bénéficié du soutien da la Communauté Internationale (médiatique, financière, politique... ). Pour les membres de COFESUD, asbl, l'impunité touche donc beaucoup de Responsables à tous les niveaux locaux et internationaux. 5. Conséquences de la guerre sur les enfants Les enfants dans les camps de déplacés de guerre, Les enfants vivent dans des conditions misérables. Ils sont exposés à la faim aux maladies et aux massacres. D'autres sont enlevés par les militaires pour servir d'esclaves sexuels ou comme main d' oeuvres. Certains sont abusés sexuellement, même par les gardiens de la paix de l'ONU. Des adolescentes abusées sont appelées « femmes de réconforts ». En cas de grossesse certaines adolescentes meurent en essayant d'avorter. Il y a aussi le cas dramatique d'enfants soldats abusés aussi sexuellement et qui deviennent des bourreaux au lieu de s'épanouir dans la famille et par les jeux entre enfants. Leur enfance a été volée. Que peut-on dire aux enfants rescapés qui sont orphelins de mère et de père ? Qui leur rendra justice ? En Afrique, on compte plus de 120 000 enfants soldats dont beaucoup ont été amenés à tuer et à commettre des atrocités. L'utilisation de ces enfants comme soldats est le pire des crimes de guerre et contre l'humanité, car on tue en eux les facteurs qui en feront des hommes véritablement humain, la dignité et l'humanisme. En 1996, le Rwanda a soit disant démobilisé 2 922 enfants soldats (Kadogo) sur pression des Organisations internationales. La Banque mondiale, lUE et les USA ont alloué un grand budget à ce projet. Que sont devenus ces enfants ? Le suivi de ces démobilisations pose un problème réel, car selon Human Rights Watch, 14 000 à 18 000 enfants, entre 8 et 14 ans ont été recrutés chaque année pour la guerre au Congo. D'un côté des budgets énormes sont alloués pour la démobilisation, de l'autre on recrute à nouveau car les enfants coûtent moins chers et sont plus obéissants. Sous l'effet de l'alcool et de la drogue, ils apprennent à substituer la peur en actes de cruauté et s'en inventent selon certains témoins. Que feront ces enfants, une fois lâchés dans la nature ou à l'âge adulte ? Cet enrôlement dans les armées hypothèque leur avenir sur tous les aspects (pas d'apprentissage scolaire, pas de socialisation normale, banalisation du crime, perte des repères communautaires, sociales et morales.....). Dans plusieurs régions le drame d'enfants mal nourris plonge les familles dans un grand désarroi. Enfin les enfants orphelins qui sont laissés à eux-mêmes et ont générés un phénomène nouveau jadis inconnu au Rwanda : les enfants de la rue et les enfants chefs de ménage. Le phénomène de la déscolarisation des enfants devient important suite à une grande privatisation du réseau scolaire qui exclut un grand nombre des jeunes dont les familles sont démunies. Celles-ci n'ont pas de moyens financiers pour payer le minerval et le matériel scolaire. Quant aux enfants en prison, leur sort est problématique suite au manque d'encadrement psychologique et d'apprentissage pédagogique. Leur séjour en prison parmi des grands criminels aggrave leur délinquance et leur déstabilisation 6. Conséquences de la guerre sur les femmes Les femmes sont les premières victimes de guerre. Beaucoup de femmes hutu ont été massacrées dans les camps ou sur les chemins de l'exil et d'autres sont mortes par manque de soins (grossesses, accouchements, maladies, viols... ). D'une manière générale la situation de la femme n'a cessé de se détériorer dans la région des Grands Lacs. La femme doit continuer à assurer la survie de sa famille dans des conditions extrêmement précaires. Plusieurs subissent des violences sexuelles traumatisantes (violées devant les enfants ou d'autres personnes). Elles se trouvent isolées et exclues socialement. D'autres en ville ou à la campagne sont violées par des militaires séropositifs, ce qui expose la communauté à la propagation du VIH/SIDA. Les écolières sont principalement visées. Après ces viols beaucoup tombent dans la prostitution, seule façon pour elles de survivre et d'éduquer leurs enfants non désirés Ce viol devient une arme de guerre redoutable, car elle vise la destruction de la communauté au vrai sens du terme. Les femmes des prisonniers ou celles en prison subissent par conséquent des humiliations et des discriminations traumatisantes. Par ailleurs, les femmes hutu ont été lésées doublement, d'abord par le silence de la Communauté internationale sur les crimes qu'elles ont subi et par la globalisation « femmes hutu = génocidaires ». La justice équitable leur est refusée. Au Rwanda, l'aide internationale aux prisonniers a été suspendue. Déjà la famille prenait en charge la moitié des besoins alimentaires des prisonniers. L'arrêt de cette aide va entraîner plus de dépendance des prisonniers vis-à-vis de leurs familles. Par conséquent, la disponibilité des femmes pour les travaux ménagers et agricoles sera affectée ainsi que le revenu familial. 7. Conséquences sur la production des produits vivriers En 1989, l'autosuffisance alimentaire était atteinte au Rwanda à plus de 85 % (plus de 90 % de la population est dans le milieu rural). Avec la guerre, l'importation des produits alimentaires est 9 fois plus élevée qu'en 1990, elle représente 46 % des besoins nationaux. La situation pour plus de 85% de la population rwandaise (masse rurale) est alarmante. La production alimentaire nationale ne couvre que la moitié des besoins. - Les indices de santé de la population sont décroissants à la suite du manque d'aliments, du coût exorbitant de soins médicaux et à l'insuffisance des infrastructures sanitaires ; - La famine et la malnutrition sont endémiques au Rwanda; - Les coopératives agricoles sont dissoutes et les structures de mobilisation du paysan pour l'auto-développement sont laissées à l'abandon au bénéfice du développement intempestif de centres urbains . L'anéantissement du milieu rural est total et aggravé par la villagisation forcée qui a éloigné les familles de leurs parcelles d'exploitation. Dans ces conditions, Il n'est pas exagéré de dire que la paupérisation du milieu rural est planifiée. Dès, lors comment concevoir un développement intégral et durable dans l'exclusion de la population rurale qui constitue plus de 85 % de la composante démographique. En conclusion: Dans la Région des Grands lacs en général, au Rwanda en particulier, la Communauté internationale ne peut plus se taire devant les crimes contre l'humanité commis par les extrémistes Tutsi pour épurer systématiquement des personnes appartenant à l'ethnie différente de la leur. Le fait d'être minoritaire ne les mets pas au-dessus des lois et des valeurs universelles. Recommandations Pour l'avenir de l'Afrique qui doit se construire par des valeurs universelles de Justice et de Respect des droits humains, nous demandons aux Responsables politiques garants de ces mêmes valeurs et capables d'exiger que la vérité et la justice équitable pour tous soit une pratique reconnue et respectée par les Chefs des gouvernements africains : Pour que dans l'avenir des enfants africains connaissent et jouissent de la paix et de la Justice, le Conseil des Femmes du Sud demande à la Communauté internationale de : 1) Instaurer une Commission Vérité pour déterminer ces crimes ignobles, clarifier des circonstances dans lesquelles ils ont été commis, qualifier ces crimes, et sanctionner les auteurs comme il se doit. 2) Recenser le nombre de victimes de ces bourreaux dans toutes les zones concernées, malgré le changement des noms des communes et des secteurs au Rwanda, tous les rescapés des massacres (Tutsi et Hutu réfugiés ou congolais en RDC) connaissent très bien les victimes et les bourreaux. II n'est pas normal que 10 ans après la tragédie rwandaise, on se base encore sur des estimations approximatives, ou des extrapolations. 3) Utiliser valablement le « Gacaca » au niveau des statistiques réelles; sur le-nombre exact des victimes en vue de leur rendre justice. 4) Briser le cercle des violences et de l'impunité en infligeant les sanctions exemplaires aux responsables militaires et politiques qui ont commandités ces massacres, 5) Enseigner dans les écoles au Rwanda et ailleurs, l'histoire réelle non manipulée selon les intérêts du camp au pouvoir. 6) Promouvoir l'éducation à la paix, à la tolérance et à la solidarité dans les programmes scolaires et d'éducation des adultes en vue de prévenir les conflits. 7) Renforcer la coopération internationale axée sur l'instauration de la Justice et du respect des droits humains, en vue de lutter contre l'impunité et garantir la paix, et l'auto développement socio-économique au profit de tous les citoyens. 8) Axer l'enseignement sur la culture du mieux-être et de la gestion saine du Développement et de l'environnement. 9) Lever le silence et publier tous les rapports relatifs aux massacres dans la région des Grands Lacs commis par l'armée du FPR. 10) Décréter des embargos sur les armes qui déciment les populations civiles et innocentes dans la région des Grands Lacs. 11) Exiger la bonne gouvernance, la Justice équitable, le Respect des droits humains avant d'octroyer des aides bilatérales ou internationales. 12) Veiller à ce que le Conseil de Sécurité garde son indépendance pour lui permettre de remplir son rôle de garant de la paix dans le monde. 13) Faire que les missions de maintien de la paix puissent imposer la paix en vue de protéger les populations civiles. 14) Arrêter de couvrir les élections « bidons » qui légitiment les dictateurs qui oppriment les populations civiles en Afrique. 15) Mettre l'accent sur les projets en faveur des femmes et des enfants groupes vulnérables et acteurs prépondérants dans la construction des sociétés de demain (éducation et gestion). COFESUD, asbl cofesud5(at)hotmail.com Bd Léopold II 227 1080 Bruxelles Kabobo Riziki, Coordinatrice |