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« FEMMES POUR LA PAIX, ACTIONS ICI ET
AILLEURS ».
DOSSIER SUR LA RENCONTRE- DÉBAT
DU 28 MAI 2004 À BRUXELLES
Intervenantes :
"40 mille femmes des quatre coins du pays nous ont rejointes Plaza de
Bolívar, à Bogota. Noires, métisses, indigènes, afro-colombiennes, paysannes, femmes
au foyer, travailleuses, indépendantes et même des hommes se sont ralliés au cri de :
Nous, les femmes, nous nous opposons à la guerre, à la résistance active non
violente » Cétait au cours de lannée 1996. La Colombie
était déjà dévastée depuis des décennies par une guerre dont les principaux
protagonistes sont des guérilleros, paramilitaires et soldats de larmée. Des
femmes appartenant à différents secteurs de la société, en réponse au déferlement de
sang et de destruction, ont créé un mouvement si vaste et qui a rallié tant de
personnes quil sest fait entendre aux quatre coins du pays.
La Ruta Pacífica de Mujeres Colombianas nest pas née
seulement pour rechercher un moyen alternatif de résoudre le conflit armé, mais aussi
pour faire connaître à la société colombienne et au monde lextermination
systématique à laquelle sont soumises les femmes.
« Les migrantes, les femmes qui franchissent les frontières,
ont à nous dire des choses sur nous-mêmes et nos sociétés; les leurs comme la nôtre»
F. Gaspard COFESUD, asbl est une Plate forme des associations des femmes
africaines et des femmes originaires de lAfrique subsaharienne, engagées dans les
actions en faveur la Paix et le développement durable dans la région des grands lacs.
En 1994, le Rwanda a connu le génocide . Ce crime odieux est condamné ; les auteurs sont
poursuivis et punis dune manière exemplaire. Depuis le 2 août 1998, le Rwanda, le
Burundi et lOuganda ont attaqué la République Démocratique du Congo, divers
rapports et témoignages font état de 4,7 millions de morts, des milliers de déplacés.
Les femmes et les filles sont violées, mutilées, enterrées vivantes ou brûlées vives.
Les enfants sont enrôlés dans les différentes armées de belligérants. La communauté
internationale narrive pas à prendre des mesures adéquates pour arrêter les
seigneurs de la guerre et tous ces massacres. Les auteurs de ces crimes ignobles ne sont
même pas poursuivis, ni sanctionnés. Nous femmes du COFESUD nous dénonçons cette
barbarie humaine et nous insistons que seule la justice non complaisante
pourra ramener la vraie paix et la vraie démocratie dans la région des Grands Lacs et
réconcilier les communautés et les pays voisins.
Lettre ouverte :
La Réconciliation des Rwandais par la Vérité et la Justice
Lettre ouverte : Les
Conséquences de la guerre en RDC sur les Femmes et les Enfants
«Notre silence est visible
nous portons le noir comme
symbole de deuil pour toutes les victimes de guerre et pour la destruction des peuples, de
la nature et de la vie » .
Un groupe de femmes vêtues de noir proteste pacifiquement contre la guerre, la violence
et le militarisme. Leur action : rester en silence debout sur une place publique, portant
le noir. Aujourd'hui, contre la guerre en Yougoslavie, Afghanistan ou Iraq ; demain,
contre loccupation de la Palestine; quel que soit le conflit, elles sont là pour
rappeler aux passant-e-s que, pendant quils ou elles vaquent à leur occupation, des
innocents - dont de nombreuses femmes et enfants - sont massacrés.
Les Femmes en Noir constituent un réseau informel où des femmes
sengagent à titre individuel, unies par les idéaux de pacifisme, de féminisme et
de multiculturalisme. Elles contestent leurs propres gouvernements lorsquils mènent
soi-disant au nom de la communauté toute entière des politiques destructrices et
meurtrières. Elles tentent aussi de rappeler la barbarie de conflits lointain, en
solidarité avec dautres femmes en lutte, il en existe des centaines sur tous les
continents.
Modératrice :
RENCONTRE- DÉBAT « FEMMES POUR LA PAIX, ACTIONS ICI ET AILLEURS ».
A BRUXELLES, LE 28 MAI 2004.
Avant de présenter les invités, Françoise Guillite, rappelle le
lancement de la « Campagne Femmes » dAmnesty International, une campagne mondiale,
qui a pour thème «la violence contre les femmes », qui est également mondiale (reprise
donc par toutes les sections nationales dAI ) pendant une période de 2 ans.
« Les violations contre les femmes » dit-elle « sont les violations les plus
fréquentes des droits humains. « Il faut que partout dans le monde son caractère
scandaleux soit pleinement reconnu car partout, en temps de guerre comme de paix, des
femmes de toutes conditions (jeunes ou vieilles, riches ou pauvres) sont victimes de
violations » « Et tout le monde est concerné : qui ne connaît une femme qui na
été ou nest victime de violences physiques, morales, sexuelles
»
Elle termine en rappelant quavec cette campagne, AI ne prétend pas se substituer
aux nombreuses organisations de femmes, qui font un travail acharné et efficace. Il
sagit de les accompagner, den être un peu le « porte-parole » :
- face aux gouvernements, qui doivent respecter leurs engagements
internationaux (ils ont tous signé par exemple la Convention de lONU contre toute
discrimination contre les femmes
) et les institutions internationales ;
- face aux média, qui doivent comprendre que les violences faites aux
femmes ne sont pas une affaire privée.
François Guillite donne ensuite la parole aux invitées, en commençant par Sandra
Liliana Luna, représentante de la « Ruta Pacifica » de Colombie.
Dans son intervention, Sandra va mettre laccent sur les violences
contre les femmes dans un contexte de guerre. « Ces violences existent partout et tout le
temps en temps de paix
mais sont bien pires en temps de guerre. »
En Colombie, les civils, et notamment les femmes et les enfants, sont les premiers
objectifs des armées légales et illégales, qui sen servent comme dune arme
de guerre. Et les femmes sont des victimes du conflit armé à plusieurs égards : par les
violences directes quelles subissent, parce quelles perdent souvent en
situation de conflit armé leurs fils, leurs maris, leurs compagnons
mais doivent
après leurs disparitions, prendre en charge seule leurs familles.
En Colombie les femmes sont utilisées en tant que « butin de guerre » : les violences
sexuelles qui leurs sont infligées ont aussi pour but dhumilier leurs partenaires.
Le contrôle des communautés (indigènes, paysannes) est également un enjeu important de
la guerre en Colombie, et là aussi, les femmes, qui doivent assurer la subsistance de la
famille, en sont les premières victimes et sont souvent, afin de garantir leur survie et
celle de leur famille, obligées de fuir la communauté. En Colombie il y a 3 millions de
personnes déplacées (qui ont du quitter leur région dorigine) : 60% sont des
femmes, responsables de famille avec enfants.
Ainsi, la peur, la douleur, la rage et limpuissance, sont grandes parmi les femmes
de Colombie. Cest dans ce contexte quil y a 7 ans, en 1996, a été crée «
Ruta Pacifica ».
De quoi sagit-il ? Dapporter un point de vue de femmes, aux tentatives et aux
efforts pour trouver une solution négociée au conflit armé en Colombie. De montrer que
les femmes peuvent transformer leur peur, en moteur de changement pour la construction
dun pays nouveau.
Ruta Pacifica est un mouvement pacifiste, anti-militariste et féministe, avec trois
objectifs de base :
1. Créer un courant dopinion favorable à une sortie négociée
du conflit armé en Colombie où les femmes pourront prendre toute leur place à la table
des négociations ;
2. Rendre plus visibles les effets de la guerre sur les communautés et
la vie des femmes ;
3. Consolider, au niveau international, un grand mouvement
dorganisations qui soutiennent ce travail en faveur dun règlement négocié
du conflit armé.
Aujourdhui Ruta Pacifica regroupe 315 organisations regroupant plus de 3000
militantes de base dans 8 régions de Colombie. Des femmes de toute sorte : des
indigènes, des afro-colombiennes, des universitaires, des femmes au foyer, des vieilles,
des jeunes, des victimes directes du conflit armé.
Afin datteindre nos objectifs, nous développons plusieurs stratégies. Citons parmi
une de nos activités de mobilisation les plus importantes, la « Caravane de femmes »
que nous organisons chaque année dans une région différente touchée par le conflit
armé, afin daccompagner les victimes et dénoncer le conflit. Lannée
dernière nous étions dans le Putumayo (lieu des fumigations massives et non sélectives
des cultures illégales et légales), dans le sud du pays : plus de 100 autocars de femmes
participaient à cette Caravane. Cette année nous nous rendrons dans le Choco, où sévit
une grave crise humanitaire. En 2002, nous avons organisé une grande rencontre à Bogota,
ou participèrent 42.000 femmes, pour dénoncer le conflit armé. Par ailleurs, nous
organisons également une école itinérante, et nous produisons de linformation
pour les femmes. Nous utilisons pour cela un nouveau langage, plus ludique et symbolique.
Nous jouons beaucoup sur les couleurs par exemple. Pour nous blanc-justice ; vert-espoir ;
jaune-vérité ; noir-deuil ; bleu-réparation et orange-résistance.
Jinsiste pour dire que Ruta Pacifica est neutre face aux acteurs armés du conflit
colombien : larmée, les paramilitaires, la guérilla. Nous sommes convaincues que
les armes ne mènent à rien et que seule la voie pacifique et les négociations peuvent
contribuer à résoudre les problèmes.
Pour en savoir plus : http://www.rutapacifica.org.co/
Avant dévoquer la situation des femmes au Congo, permettez-moi de
vous rappeler que « Cofesud », le Conseil des Femmes du Sud, est un réseau qui regroupe
différentes associations de femmes africaines qui se bat pour le bien être des femmes en
Afrique Sub-saharienne et qui est présent en Belgique, en RDC et aux Etats-Unis. Notre
objectif : promouvoir la participation des femmes dans la résolution des problèmes et le
développement du pays, en identifiant les besoins prioritaires et en proposant des
initiatives pour contribuer à les résoudre. Naturellement, nous apportons notre soutien
et notre solidarité aux femmes qui se battent en RDC, convaincues que la paix est un
préalable au développement durable.
La population, en RDC vit un drame épouvantable, depuis linvasion du pays, en août
1998, par le Rwanda, le Burundi et lUganda. Il y a eu depuis cette date 4,7 millions
de morts, des milliers de disparus, de femmes violées
Lhorreur ne semble pas
avoir de fin.
Il sagit dun conflit géopolitique. Depuis quune résolution de
lONU a reconnu récemment quil sagit bel et bien dune « invasion
», des efforts sont faits pour trouver une solution à la guerre. Mais ce nest pas
facile, les intérêts en jeu sont très puissants et le reste du monde semble
indifférent au drame congolais. Ce silence, cette indifférence de la communauté
internationale me semblent difficiles à comprendre. Navait-on pourtant pas dit,
après la 1ère et la 2de. Guerre mondiale, « plus jamais ça » ?
De juillet à septembre 2003 je me suis rendu au Congo, et jai pu mesurer
lampleur du drame humanitaire. Au Congo, les femmes restent le pilier de la famille,
sont responsable de la survie de la famille, soccupent de lagriculture, de
lélevage nécessaire à la subsistance. Avec la guerre, la situation est devenue
dramatique : tous les jours des femmes de tout âge sont violées, meurent du SIDA ou de
la tuberculose. Des ONG sur place disent même que depuis 2001, les rebelles rwandais
injectent leurs soldats du virus du SIDA, ce qui fait que lorsque ceux-ci violent les
femmes, cest toute la population civile qui est atteinte. Il sagit de
véritables crimes contre lhumanité. Ces femmes malades sont de plus généralement
rejetées par leurs familles, exclues de la société et deviennent souvent hystériques,
ou folles. Elles sont nombreuses à se suicider.
Vous imaginez dans ce contexte la situation des enfants. Le Congo regorge denfants
abandonnés, qui doivent se prostituer pour survivre. Nombreux deviennent soldats de
guerre, et sont abusés, drogués, utilisés par les adultes. Le problème du viol des
enfants est devenu en RDC dramatique.
Quels sont les véritables motifs qui expliquent cette guerre ? La population congolaise
lignore. Combien de morts seront-ils nécessaires ? Le Rwanda na jamais été
condamné depuis 1998.
Il nous faut dénoncer cette barbarie. Justice doit être faite afin quil puisse y
avoir paix et démocratie, réconciliation des peuples et des pays.
Pourquoi ny aurait-il pas un Tribunal International, comme celui qui fut organisé
après le génocide au Rwanda ?
Lettre ouverte :
La Réconciliation des Rwandais par la Vérité et la Justice
Lettre ouverte : Les
Conséquences de la guerre en RDC sur les Femmes et les Enfants
Au nom du mouvement « Les femmes en Noir », et
« La voix des femmes », Fanny Filosof, Marie Françoise Stewart et Edith Rubinstein prennent
la parole.
Le mouvement « en Noir » est apparu en Belgique après lassassinat
de Sémira Adamu. Cette mort a été très médiatisée, mais il na pas été dit
pourquoi Sémira étais venue en Belgique : cétait pour échapper à un mariage
forcé. Il faut le rappeler : les violences sexistes, institutionnelles (lapidations,
déni décole pour les filles, etc
) ne sont pas reprises dans les Conventions
de Genève et ne permettent pas daccéder au statut de réfugié.
Nous sommes un groupe petit mais très volontaire. Nous travaillons en particulier devant
les centres fermés, où des femmes arrivent, sans papiers, désemparées. Nous essayons
de les aider, de les écouter. Elles nous aident aussi à comprendre le monde dans lequel
nous vivons. Et nous voulons dire que si nous sommes certes pour une société «
multiculturelle » nous insistons pour dire quelle ne saurait jamais être invoquée
au détriment de légalité hommes/femmes. Nous nous battons depuis 5 ans car un
pays qui traite ses immigrés de façon violente pratique « une forme de guerre ».
Le festival « La voix des femmes » accueille tous les 2 ans des femmes qui sont victimes
de ces conflits et de cette violence, dans le monde entier. Qui se battent notamment pour
que leurs proches disparus (souvent au mains dagents de lEtat) ne soient pas
oubliés. Nous avons constitué ainsi un réseau de mères, surs, femmes, proches de
disparus qui dialoguent ensemble, se soutiennent dans leur lutte. Personnellement (dit
Françoise Stewart) cest la guerre en Yougoslavie, et les femmes violées pendant
cette guerre dans les années 90, qui mont amené à mengager dans ce combat.
Pour terminer, Edith Rubinstein rappelle que le mouvement « Les femmes en Noir » et né
en Israël, il y a 20 ans, pour se battre déjà contre loccupation des territoires
occupés et les violences qui y étaient perpétrées. Le mouvement les femmes en noir est
un mouvement non violent. Aux Etats-Unis il joue un rôle important dans le mouvement qui
se bat contre la guerre (en Iraq). Dautres situations qui en ce moment mobilisent
particulièrement le groupe en Belgique sont le conflit Israélo-Palestinien, et les
assassinats de femmes en série dans le nord du Mexique.
Avec le soutien du CGRI |