COVID-19 au(x) Sud(s) | Sénégal : les énergies collectives pour sortir de la crise

Entretien avec Fatou Ndoye de l’ONG Enda Graf

Le groupement des femmes transformatrices de Djilor dans leur magasin © Sophie Charlier

Au Sénégal, notre partenaire Fatou Ndoye de l’ONG Enda Graf attire l’attention sur la situation économique et sociale des secteurs défavorisés des grandes villes. La fermeture de certains marchés a en effet entrainé de nombreuses difficultés pour les femmes travaillant dans le secteur informel. Face à cette crise, de nouveaux modèles émergent, basés sur l’économie locale et le renforcement de la sécurité sociale.

« C’est à Dakar qu’il y a eu le plus de cas, la ville a été fermée ; on ne pouvait pas en sortir. Nous n’avions plus de lien avec les autres parties du pays ou avec les campagnes, en plus de la fermeture des frontières. Un couvre-feu a été instauré de 18h à 6h, certains marchés ont été fermés » nous raconte Fatou Ndoye. Pour les femmes actives dans l’économie informelle, ces mesures ont eu un impact considérable, les privant d’un espace pour vendre leurs produits. « Pour la restauration, elles vendaient beaucoup le soir sur les marchés ou à la sortie des bureaux. Aujourd’hui, avec le couvre-feu plus de vente possible ».

En contexte de crise sanitaire, ce sont donc les grandes surfaces qui offrent plus de confiance, mais avec des prix plus élevés. Pour Enda Graf, dès mars la priorité a été de répondre aux difficultés des femmes qui vivent dans les quartiers marginalisés de Dakar. L’organisation s’est tournée vers les groupements de femmes transformatrices, maraîchères et les restauratrices. Elle a proposé des kits alimentaires qui ont été distribués aux familles les plus vulnérables. À côté des bureaux d’Enda, l’ouverture d’un atelier a permis à certaines femmes de réaliser des masques.

Les inégalités de genre exacerbées

Outre les problèmes alimentaires, le confinement a également eu comme conséquence une augmentation des violences basées sur le genre. Un système de marraines de quartier s’est développé afin de sensibiliser les familles et les accompagner pour régler les conflits.

Le confinement a aussi réduit l’accès aux soins de santé, notamment en matière de droits reproductifs et sexuels. Ainsi, les femmes enceintes ont plus de difficultés à entrer en relation avec les sages-femmes et le nombre de décès durant l’accouchement au cours de ces derniers mois a augmenté. Bien que le gouvernement ait mis en place des mesures pour accompagner le secteur informel, elles profitent davantage aux hommes. En effet, elles concernent majoritairement les transports (taxis, bus), un secteur principalement investi par les hommes.

Enfin, au niveau de la mairie, on note une implication des jeunes bénévoles à différents niveaux : distribution d’aliments, sensibilisation des populations, appui informatique, fabrication de gel hydro-alcoolique, etc. Les jeunes ont également investi le secteur culturel, à travers le théâtre et le chant.

L’espoir d’un « après » COVID

Au niveau communautaire, la crise sanitaire pourrait faire un déclic sur les enjeux de l’autonomie alimentaire, l’importance des circuits courts et de manger local. Le confinement a prouvé que ce type de consommation était possible. Désormais, il faudra renforcer et maintenir ces acquis.