COVID-19 au(x) Sud(s) | Chili : ne frappez plus à des portes qui ne s’ouvrent pas

17 juin 2020
La queue à la soupe populaire de Villa Francia, le 15 mai 2020 © I. Alvarado. Reuters

Au Chili, la pandémie du COVID-19 met en lumière l’inaction du gouvernement dans la lutte contre l’augmentation des violences faites aux femmes. Afin d’appuyer collectivement les femmes concernées, la Red  (Réseau chilien contre la violence faite aux femmes) [1] et d’autres organisations de la société civile s’organisent.

Le 18 octobre 2019, l’augmentation du prix de ticket de métro au Chili a été le déclencheur d’une crise sociale et d’une mobilisation civile sans précédent. Cette mobilisation, composée de millions de citoyen·ne·s, a également eu le soutien d’autres mouvements dans le monde. La performance emblématique « un violador en tu camino » initiée le 25 novembre 2019 par le collectif Las Tesis [2] en a été un élément marquant. Pour la Red, la crise sanitaire est une prolongation de cette crise sociale. La révolte populaire a dévoilé le rôle d’un État régi par la logique du marché et par les décisions de l’élite entrepreneuriale.

La gestion gouvernementale de la crise sanitaire a fait passer l’économie avant la santé des citoyen·ne·s. En effet, au début de la crise, le gouvernement chilien a préconisé un confinement volontaire et un couvre-feu. Bien qu’aujourd’hui la stratégie ait changé pour un confinement total, l’espace public est sous la tutelle de l’armée et celles et ceux qui ne respecteraient pas le confinement sont menacé·e·s d’emprisonnement.

Face à l’inaction, l’autogestion

Le confinement a un impact particulier sur les femmes : la Red dénonce notamment l’insécurité de l’emploi, la charge excessive du travail domestique et les violences dans les foyers. Le Ministère de la Femme et de l’Équité de Genre (Ministerio de la Mujer y de la Equidad de Género) a annoncé en mars une augmentation de 250% des féminicides et une augmentation de plus de 70% d’appels au numéro vert pour les femmes victimes de violences.

Les réponses gouvernementales face à l’augmentation des violences s’avèrent insuffisantes car leur compréhension est réduite à la violence intrafamialiale et conjugale. La Red déplore le manque de volonté politique dans la prévention des violences faites aux femmes et dans la prise en considération de celles-ci comme un problème structurel issu d’un système capitaliste, patriarcal et colonial.

Face à tant d’inaction, la Red ne veut plus frapper aux portes du gouvernement et a opté pour l’autogestion. Conjointement avec les organisations territoriales, syndicales, communautaires et de quartier, elle a créé le premier réseau capable de fournir de la nourriture, des médicaments, des produits d’hygiène et des soins et de l’assistance aux femmes en situations de violence.

[1] La Red chilena contra la violencia hacia las mujeres est une coupole d’associations qui,  depuis 30 ans, réunit des collectifs, mouvements, associations et ong’s qui luttent pour l’éradication des violences faites aux femmes. En 2007, la Red est reconnue au niveau international avec sa campagne ‘el macho mata’ (le macho tue).

[2] Collectif de femmes qui existe depuis 2018 et qui traduit des thèses des auteures chiliennes en performances.

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