Covid-19 | Pour un vaccin disponible rapidement et pour tou·te·s, y compris dans les pays pauvres.

19 mai 2020
Photo © Retha Ferguson sur Pexels

Nous sommes signataires de cette lettre ouverte publiée le 15 mai sur le site du CNCD.

Le 18 mai prochain se déroulera une Assemblée mondiale de la santé – World Health Assembly (WHA) – très particulière. En effet, pour la première fois dans l’histoire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Assemblée générale se déroulera online. La raison ? La pandémie COVID-19 bien sûr.

Tandis que les États membres de l’OMS se préparent pour ce grand événement, certains d’entre eux s’essaient prudemment à explorer les façons possibles d’assouplir les mesures de confinement. Comme Tedros Adhanom Ghebreyesus, président de l’OMS, l’a martelé dans un bref message à la mi-mars, «  tester, tester, tester » doit être au centre de la stratégie mondiale. Mais ce ne sera pas suffisant. Pour éviter de nouvelles vagues de contamination et laisser derrière nous les risques sanitaires liés au virus, un vaccin serait un autre moyen important pour lutter contre la pandémie.

Laboratoires universitaires et entreprises privées investissent leurs efforts dans le développement d’un vaccin pour le COVID-19. Depuis le début de la pandémie, ce ne sont pas moins de 70 vaccins qui ont été analysés et 5 en sont à la phase clinique. Plus il y a d’efforts entrepris pour développer un vaccin efficace, plus grande est la chance de pouvoir espérer un vaccin au plus tôt d’ici 12 à 18 mois.

La recherche d’un vaccin présente également un aspect moins reluisant. Il n’y a en effet actuellement aucune garantie que ce vaccin soit sûr et disponible pour tous et toutes à travers le monde. En effet, le risque existe que des entreprises privées ou des pays puissants n’en monopolisent l’accès, voire qu’elles cherchent à commercialiser un vaccin inefficace. Ainsi, les États-Unis ont tenté de conclure un accord avec la firme pharmaceutique allemande CureVac afin de disposer de façon exclusive des droits sur le futur vaccin. Même au sein de l’Union européenne des États membres se sont disputés l’accès à du matériel médical indispensable.

De grosses firmes pharmaceutiques telles que Johnson & Johnson, GSK et Pfizer travaillent d’arrache-pied pour être la première à mettre son produit sur le marché. Avant la crise du COVID-19, ces firmes ne manifestaient pas le même enthousiasme ni les efforts qu’elles mettent aujourd’hui dans la commercialisation d’un vaccin. En effet, après les épidémies d’autres variantes du coronavirus, telles que le SARS (2002) et le MERS (2012), des scientifiques étaient tout près d’une avancée importante. Mais à l’époque, les scientifiques s’étaient heurtés à un total désintérêt de la part des grands groupes pharmaceutiques : sans virus, pas question d’un vaccin car peu de gains potentiels. On peut supposer que si le mobile principal de la production d’un vaccin est le rendement, les besoins et la santé de la population pourraient passer au second plan.

Si des accords ne sont pas conclus quant au prix et à la disponibilité d’un vaccin contre le COVID-19, le danger existe que la volonté des gouvernements et la santé de la population ne fassent pas le poids face aux intérêts de l’industrie pharmaceutique. Rappelons-nous que les gigantesques efforts de recherche et de développement d’un vaccin sont en grande partie financés par des investissements privés et publics de plusieurs milliards d’euro. Les gouvernements mettent à la disposition de la recherche d’un vaccin d’importance vitale des milliards d’euros. Le 4 mai dernier, l’UE a recueilli 7,4 milliards d’euros avec un marathon mondial des donateurs. Le gouvernement belge a investi 20 millions d’euros dans le but d’accélérer la recherche. Il est logique que ces efforts publics collectifs bénéficient au bien commun.

Le développement d’un vaccin efficace et universellement disponible contre le COVID-19 est l’un des objectifs les plus cruciaux de notre époque. Des scénarios de type business-as-usual ne peuvent être envisagés. Sans une coopération et une solidarité internationales, nous ne pourrons sortir de cette crise. Une crise mondiale demande une approche mondiale. Dans la lutte contre ce virus, il est absolument indispensable que des accords soient conclus à un niveau global concernant le développement et la disponibilité d’un futur éventuel vaccin.

Nous demandons que les recommandations suivantes soient prises en compte afin de garantir l’accès à un vaccin pour tous et toutes :

1. Donner la priorité à l’action multilatérale et à la solidarité internationale

Les gouvernements, les chercheurs et les entreprises doivent collaborer étroitement avec l’OMS. L’arrêt du soutien financier à l’OMS, comme l’a fait les États-Unis, est inacceptable. Pousser de façon proactive à une coordination internationale, depuis l’OMS, de la recherche et du développement d’un vaccin et d’autres produits médicaux essentiels. Faire en sorte que des Etats puissants ne puissent monopoliser l’accès au vaccin en instituant des mécanismes d’attribution collectifs et publics. De cette façon, une utilisation juste et globale d’un vaccin pourra être garantie.

2. Mutualiser les financements pour développer le vaccin dans le domaine public

Il est d’une grande importance que les moyens publics et privés consacrés au développement d’un vaccin soient mutualisés afin qu’il tombe dans le domaine public et ne soit pas protégé par un brevet offrant un monopole aux grands groupes pharmaceutiques.

3. Considérer un vaccin comme un bien public mondial libre de droits

Les produits médicaux nécessaires pour tester la population au COVID-19, pour guérir les personnes atteintes et pour vacciner la population doivent être fournis aux gouvernements à un prix abordable. Ils doivent également être rapidement et gratuitement mis à la disposition de toutes les personnes qui en ont besoin, en particulier le personnel médical et les groupes à risque. Les autorités doivent être garantes d’un prix correct pour les traitements, tests, vaccins et matériel de protection. D’où l’importance de renforcer les systèmes de protection sociale. Pour éviter que des acteurs privés ne se les approprient, il faut travailler à un développement libre de brevet du matériel médical. Pour cela, les autorités peuvent recourir à des licences obligatoires, telles que fixées dans l’accord ADPIC de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et un pool de brevets, sous les auspices des Nations Unies.

4. Faciliter le partage de technologies développées, de connaissances et d’expertise

La science et l’innovation médicale se développent plus rapidement lorsque les chercheurs échangent et partagent les résultats. Ils contribuent aux succès mutuels en augmentant les connaissances et l’expertise. Il faut empêcher que des données et des expertises cruciales ne soient retenues et mettre en place une plateforme où les droits de propriété intellectuelle sur des technologies et du savoir-faire soient investis dans l’intérêt public. Il faut en outre veiller à ce que, au regard de mutations potentielles, des échantillons du virus soient constamment partagées avec la communauté internationale, comme le prévoit le Protocole Nagoya de la Convention sur la diversité biologique.

5. Assurer que le développement, la production et la diffusion d’autres vaccins vitaux ne soient pas retardés en raison du focus sur la pandémie du COVID-19

L’urgence de la situation pousse les gouvernements, les chercheurs et les entreprises à se consacrer totalement au développement d’un vaccin pour le COVID-19. Cependant, d’autres problèmes de santé publique et la nécessité d’autres vaccins et médicaments essentiels, tel que la rougeole, le paludisme, le choléra ou la méningite, ne disparaît pas. Il faut donc assurer la continuité du développement, de la production et de la diffusion d’autres vaccins vitaux.


Signataires

Perrine Crevecoeur, SolSoc ; Edwin de Boevé, Street Workers Network, Katrien Verwimp, WSM, Sophie Charlier, Le Monde des Femmes ; Constance Wanert, Handicap International – Humanity & Inclusion ; Naima Charkaoui, 11.11.11 ; Rafael Lamas, FGTB-ABVV ; Tom Joos, CM ; Stephane Heymans, Médecins Du Monde ; Liesbeth Goossens, Oxfam-in-België ; Michelle De Baene, FOS ; Nicolas Van Nuffel, CNCD-11.11.11 ; Renaud Vivien, Entraide & Fraternité ; Wim De Ceukelaire, Viva Salud

Plus d'articles

COVID-19 au(x) Sud(s) | Guinée : le care fait des femmes des proies facile du virus

COVID-19 au(x) Sud(s) | Bolivie : résistance et solidarité des femmes

COVID-19 au(x) Sud(s) | Sénégal : les énergies collectives pour sortir de la crise

13/07 > 14/07

Ecoféminisme : corps et territoires.

01/07 > 01/07

Atelier d’écriture [1/4] | Les femmes artistes nous inspirent

08/07 > 08/07

Atelier d’écriture [2/4] | Les femmes artistes nous inspirent

22/07 > 22/07

Atelier d’écriture [3/4] | Les femmes artistes nous inspirent

29/07 > 29/07

Atelier d’écriture [4/4] | Les femmes artistes nous inspirent

COVID-19 au(x) Sud(s) | Chili : ne frappez plus à des portes qui ne s’ouvrent pas

COVID-19 au(x) Sud(s) | En RDC, l’égalité de genre menacée

16/06 > 16/06

EN LIGNE | Confinement et violences basées sur le genre

Confinons la finance et l’austérité !