Journée internationale contre les violences faites aux femmes

Féministes de tous les pays, luttons sans relâche pour les droits des femmes migrantes ! 

En tant qu’ONG féministe, engagée aux côtés de partenaires dans les Suds, nous appelons à une mobilisation massive à l’occasion du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes. Nous rejoignons le combat porté par la plateforme Mirabal, qui organise une manifestation nationale le dimanche 29 novembre et place la solidarité internationale au cœur de ses revendications. Dans un contexte marqué par les politiques d’austérité, la montée des discours anti-droits et le renforcement des inégalités, nous refusons que les femmes migrantes restent les grandes oubliées des luttes féministes et des politiques publiques. Leurs droits sont des droits fondamentaux : nous devons les défendre, faire entendre leurs voix et combattre toutes les formes de discrimination et de violence, dont elles sont victimes. 

Il y a dix ans déjà, nous publions plusieurs ouvrages pour exposer les dynamiques de genre à l’œuvre dans le phénomène migratoire. Comme nous le soulignions à l’époque, les femmes migrantes sont les grandes oubliées des politiques. “Être femme et étrangère, c’est subir une double discrimination”1, voire une triple discrimination dans ce système patriarcal et répressif. Être précaire (travail mal payé, non reconnu, sans protection ni perspective) en est une troisième. Ces discriminations se cumulent et renforcent l’exclusion et l’invisibilisation des femmes migrantes. Dix ans plus tard, ce constat reste pleinement d’actualité, voire plus encore face aux différents durcissements des politiques migratoires en Europe et en Belgique. 

Depuis juin 2026, le Pacte européen sur la migration et l’asile est appliqué et prévoit notamment des procédures aux frontières qui sont qualifiées “d’inhumaines”2 par les expert·es, ainsi que des règles “abusives” en matière d’asile et de retour. La cheffe de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen présente ce nouveau cadre comme “une approche efficace, juste et ferme”3. 

Au niveau national, nos dirigeants se vantent d’avoir instauré “la politique migratoire la plus stricte que la Belgique ait connue”4. Par exemple, le gouvernement Arizona a proposé un projet de loi qui autoriserait les forces de l’ordre, sur ordre d’un juge d’instruction et en cas de soupçon d’infraction, à pénétrer de force dans un domicile afin d’y arrêter des personnes en séjour irrégulier en vue de leur expulsion5.Cette mesure soulève de sérieuses questions quant au respect des droits fondamentaux et à l’inviolabilité du domicile. Peut-être qu’avant de se féliciter de cette fermeté, les législateurs devrait se rappeler que la Belgique a déjà été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH)6 pour ne pas avoir respecté les engagements et obligations auxquels elle est pourtant tenue par la Convention de Genève. 

A l’instar de ces décisions politiques, nous assistons, à travers le monde, à une volonté constante, de la part de groupes d’extrême droite, de déshumaniser les personnes migrantes et de bafouer leurs droits. Ces groupes politiques cherchent par tous les moyens à imposer leur rhétorique dans nos institutions, nos médias et dans le débat public, jusqu’à rendre acceptables des discours qui désignent, à tort, les personnes migrantes comme responsables de problèmes qui les dépassent largement.  

Dans ce contexte répressif, les femmes migrantes comptent parmi les plus vulnérables. En effet, elles sont directement concernées par tout le spectre du continuum de violences, par les rapports de pouvoir qui peuvent survenir avant le départ, durant le parcours migratoire et après l’arrivée dans le pays d’accueil. Aujourd’hui encore, les parcours migratoires des femmes sont marqués par des violences spécifiques et genrées, ainsi que par des situations de grande vulnérabilité. Les chiffres de Myria sont là pour nous le rappeler : “En 2024, 47 % des immigrations étrangères concernent des femmes”7.

C’est pourquoi, pour ce 25 novembre 2026, nous voulons remettre les droits des femmes migrantes au centre du débat public. Parce que lutter contre les violences faites aux femmes, c’est aussi lutter contre les violences, les discriminations et l’exclusion que subissent les femmes migrantes. Aujourd’hui, en plein XXI siècle, il devrait être possible en Europe de garantir les droits fondamentaux des personnes migrantes tout en favorisant leur intégration dans la société ; c’est ce que nous préconisons pour la Belgique. 

“Ma ville était assiégée, les femmes violées”8 : quand rester n’est plus possible ! 

Les femmes peuvent, comme les hommes, migrer pour des raisons économiques, sociales, politiques ou environnementales, étudier, travailler, soutenir leur famille, gagner en autonomie ou rejoindre leurs proches. Toutefois, les parcours migratoires des femmes sont aussi marqués par des facteurs spécifiques liés au genre. Les discriminations, le manque d’accès à la formation ou à l’emploi, au logement décent, l’impossibilité de divorcer, ou encore l’accès limité aux droits et aux soins sexuels et reproductifs peuvent pousser certaines femmes à partir. À cela s’ajoutent les violences sexuelles et physiques, les mariages forcés, les mutilations génitales Féminines, la traite des êtres humains, le chantage, les extorsions. Ces violences peuvent être perpétrées par des passeurs et des réseaux d’exploitation,la transphobie ou encore la lesbophobie. 

Les conflits et les guerres tout particulièrement poussent de nombreuses femmes à fuir les violences, l’insécurité, les crises économiques et sociales ou encore les pénuries alimentaires. En temps de conflit, elles sont particulièrement exposées aux violences sexuelles, utilisées comme arme de guerre et de domination. À cela s’ajoutent les conséquences du dérèglement climatique et des dégradations environnementales : sécheresses, désertification, montée des eaux ou catastrophes naturelles fragilisent les populations et peuvent contraindre les femmes à partir, alors qu’elles assument souvent une grande part des responsabilités familiales. 

Cependant, les violences ne s’arrêtent pas au départ : les routes migratoires sont particulièrement dangereuses pour les femmes, notamment lorsqu’elles voyagent seules. Harcèlement, agressions sexuelles, physiques et psychologiques, violences économiques,  racisme et abus de pouvoir peuvent survenir tout au long du parcours, de la part de passeurs, des forces de l’ordre ou d’autres acteurs, notamment aux frontières et dans les lieux de détention. Ainsi, qu’elles fuient une guerre, une crise politique ou les conséquences du dérèglement climatique, les femmes migrantes restent exposées à des violences spécifiques à chaque étape de leur parcours. 

Une fois arrivées dans le pays d’accueil, les violences liées au genre ne prennent pas nécessairement fin. Le manque de prise en compte des parcours et des violences spécifiques vécues par les femmes dans les procédures d’asile peut, au contraire, les prolonger dans une situation d’instabilité. Dans l’analyse de la demande d’asile, la notion de « pays sûr » pose également question : une femme venant d’un pays considéré comme “sûr” peut voir sa demande d’asile rejetée, sans que les violences spécifiques qu’elle ait pu subir en tant que femme soient réellement prises en compte. 

L’intégration professionnelle reste elle aussi un enjeu majeur. Les qualifications des femmes immigrées sont souvent mal reconnues- y compris lorsqu’elles sont hautement qualifiées – et beaucoup sont orientées vers des emplois précaires et peu valorisés, notamment dans le nettoyage, le travail domestique ou les soins. Ces réalités montrent la nécessité de mieux intégrer le genre dans les politiques d’asile et d’accueil, et de défendre une approche féministe et intersectionnelle des politiques migratoires, pour que les femmes migrantes puissent réellement vivre, se former, travailler et s’intégrer dans des conditions dignes. 

A ce titre, Le Monde selon les femmes émet les recommandations suivantes : 

  1. Les États européens doivent ratifier et mettre en application les conventions internationales défendant les droits des personnes migrantes, notamment celles faisant mention du genre, tout en se basant sur les principes fondamentaux d’égalité, de non-discrimination et de protection. Les Etats membres ayant ratifié ces conventions doivent les transposer au niveau national, en se donnant les moyens politiques et économiques de le faire. Nous nous référons à de nombreux instruments juridiques internationaux et régionaux9.
  2. L’approche genre doit être systématiquement intégrée dans les politiques migratoires et des expert·es en genre doivent être plus présent·es pour rendre opérationnel cet outil. Il faut rappeler que l’autonomisation des femmes ne peut exclure les femmes migrantes. La précarité professionnelle, l’exposition accrue aux violences, les obstacles administratifs et la menace d’expulsion renforcent leur dépendance et entravent leur capacité à dénoncer les abus.
  3. Le gouvernement belge doit s’inspirer des états qui régularisent et mettre en place un dispositif de régularisation pour les personnes sans titre de séjour qui vivent déjà sur son territoire. Il doit également mettre un terme aux politiques d’enfermement et de détention des personnes migrantes dans les centres fermés.
  4. L’Union Européenne et les pays européens doivent mettre en œuvre des routes régulières, sûres et légales pour les personnes migrantes, peu importe les raisons les poussant à migrer et leur niveau de compétence. Cela implique aussi de repenser la répartition des responsabilités européennes afin qu’elles soient plus justes et équitables. Il faut intégrer une analyse de genre dans la définition des critères des « pays sûrs », revisiter Dublin II et s’assurer que les accords bilatéraux avec les pays Tiers soient monitorés afin de s’assurer qu’ils respectent les droits humains. 
  5. Face au proxénétisme légalisé, L’État belge doit prendre ses responsabilités en mettant en place des dispositifs concrets pour protéger les femmes les plus vulnérables, parmi lesquelles les femmes migrantes, qui sont surreprésentées dans la prostitution. Cela implique d’investir des moyens réels dans les parcours de sortie de la prostitution, de renforcer les politiques de prévention, de mettre en place des bourses et des aides financières pour les étudiant·e·s, et de mener des enquêtes à l’échelle nationale afin de mieux comprendre les réalités vécues par les personnes concernées. La Belgique devrait également s’inspirer de modèles comme celui de la Suède. Nous défendons la construction d’une société dans laquelle aucun homme ne pourrait acheter l’accès au corps d’une femme. 
  6. Les procédures d’asile devraient être plus adaptées aux violences de genre et aux besoins spécifiques des femmes. Le personnel devrait être formé aux violences de genre pour être apte à reconnaître ces violences et discriminations. L’aide au développement doit être au service du développement durable, non pas de la gestion des flux migratoires. 
  7. Il faut mettre fin à la pénalisation des associations, collectifs, ONG et particuliers qui cherchent à aider juridiquement, humanitairement et socialement les migrant·es, et notamment les migrant·es sans-papiers. Au contraire, il faut visibiliser et soutenir les réseaux et organismes de soutien des personnes migrantes et notamment des migrantes sans-papiers.  

Nous demandons notamment : la régularisation des sans-papiers avec des critères clairs et permanents ; la reconnaissance des motifs d’asile propres aux femmes/filles/personnes LGBTQIA+ ; le droit autonome au séjour avant 5 ans dans le regroupement familial ; la réforme de l’AMU pour garantir l’accès effectif à la santé (y compris la santé sexuelle et reproductive) ; une protection adaptée des MENA ; des sanctions contre les violences/discriminations policières ; une trajectoire MGF de prévention/protection. 

Sources :

  1. Les essentiels du genre 15 – Genre et migration internationale, Marcela de la Peña Valdivia et Manon Perreaut, Le Monde selon les femmes asbl, Bruxelles, édition 2018  ↩︎
  2. Amnesty International Belgique, « Union européenne : il faut rejeter les règles inhumaines qui régissent les retours », disponible sur : https://www.amnesty.be/infos/actualites/article/union-europeenne-faut-rejeter-regles-inhumaines-regissent (consulté le 13 octobre 2026).  ↩︎
  3. Commission européenne – Représentation en France, « Le Pacte Asile et migration entre en vigueur le 12 juin », 11 juin 2026. https://france.representation.ec.europa.eu/informations-et-evenements/informations/le-pacte-asile-et-migration-entre-en-vigueur-le-12-juin-2026-06-11_fr  ↩︎
  4. CRIPEL, Migractions, no 12, numéro spécial, La montée des idées liberticides et des extrémismes (Liège : CRIPEL asbl, mars 2026), https://cripel.be/wp-content/uploads/2026/03/migractions_12.pdf.  ↩︎
  5. CIRÉ, « Ceci n’est pas une fiction, c’est un projet de loi ! », 8 octobre 2026. 
    https://www.cire.be/ceci-nest-pas-une-fiction/  ↩︎
  6. InfoMigrants, « La Belgique condamnée par la CEDH pour ne pas avoir hébergé quatre demandeurs d’asile », InfoMigrants, https://www.infomigrants.net/fr/post/70814/la-belgique-condamnee-par-la-cedh-pour-ne-pas-avoir-heberge-quatre-demandeurs-dasile.  ↩︎
  7. Myria, La migration en chiffres et en droits 2026 : Population et mouvements (Bruxelles : Myria, 2026), 20, https://www.myria.be/files/2026_MYRIA_Population_et_mouvements.pdf  ↩︎
  8. Déborah Schoenmaeckers et Chloé Rousset, Genre et migration, « Recherche & Plaidoyer », n° 24 (Bruxelles : Le Monde selon les femmes, 2018).  ↩︎
  9. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 1948 – La Convention Internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, 1990  – La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale de 1969 – La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, 1979 – Les Protocole de Palerme, 2000 – La Déclaration de New York sur les réfugiés et les migrants, 2016 – La Convention (n°97) sur les travailleurs migrants (révisée), 1949 – La Convention (n°143) sur les travailleurs migrants (dispositions complémentaires), 1957. La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) – La Convention n°189 de l’OIT, 2011   ↩︎
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